Le plaisir du golf en automne


La beauté du golf en automne.
Rien ne vaut le golf en été : des conditions de terrain parfaites, de longues heures d’ensoleillement et une chaleur suffisante pour faire parcourir un peu plus de distance à la balle. Mais pour moi, le golf d’automne au Canada a peu à lui envier. Certes, il faut s’adapter à la fraîcheur de l’air et troquer bermudas et polos à manches courtes contre pantalons et chandails à manches longues. Les allées et les verts peuvent être un peu irréguliers, d’autant que c’est la période choisie par de nombreux clubs pour leurs opérations d’aération des sols. Il arrive aussi qu’il faille chercher sa balle parmi les feuilles qui s’accumulent sur les allées et aux abords de celles-ci. Mais, l’est du Canada offre des paysages variés et époustouflants qui deviennent encore plus spectaculaires sous les couleurs automnales. Mieux encore : les golfeurs « de beau temps » ont rangé leurs bâtons pour l’hiver, ce qui permet de boucler la plupart des parties en moins de quatre heures.
La plupart des compétitions locales étant terminées, c’est aussi le moment de mettre de côté l’exigence des parties par coups pour privilégier les parties amicales, les parties par trous (match play) et les formules de jeu variées, où le plaisir l’emporte sur la carte de pointage.
L’un des moments forts de mon automne a été mon match annuel par trous avec Richard, un ami de longue date avec qui j’ai joué au golf en Écosse à plusieurs reprises quand il habitait à Montrose, près d’Aberdeen. Nous nous sommes retrouvés à mi-chemin entre nos résidences actuelles, au Brockville Country Club, l’une des plus anciennes institutions de golf de l’est de l’Ontario, dont les origines remontent à 1914. L’étape la plus marquante de l’histoire architecturale du parcours a eu lieu en 1930, lors de la visite de Stanley Thompson à Brockville. La Stanley Thompson Society lui attribue la création des neuf trous d’origine. En 1976, le club est passé à 18 trous, conservant sept des trous originaux et en créant onze nouveaux. Richard et moi avons supposé que les trous d’origine étaient ceux situés le plus près de King Street, mais les trous « nouveaux » ne sont pas si faciles à identifier. Eux aussi présentent des arbres matures, un terrain vallonné, des dénivelés, des obstacles stratégiques et des greens intéressants, loin des allées larges et des trous axés sur la longueur typiques de nombreux parcours modernes. C’était un cadre idéal pour notre match annuel.
Un autre moment fort de l’automne a été l’occasion de jouer à nouveau au Rideau View Golf Club, un club privé situé à Manotick, au sud d’Ottawa, dont l’histoire est étroitement liée à la communauté juive de la ville. J’y ai joué dans le cadre d’une compétition en formule « scramble » à quatre, organisée par l’Association canadienne des propriétaires de terrains de golf. Je n’avais pas joué sur ce parcours depuis plus de dix ans, mais il s’est avéré encore meilleur que dans mes souvenirs.
Le terrain présente un relief vallonné, avec de nombreux départs et verts surélevés qui offrent une grande variété de trous. Il jouit d’un cadre rural paisible, agrémenté d’arbres matures et très peu perturbé par des habitations, ce qui constitue l’un de ses atouts majeurs. Ses vastes bunkers profonds et aux contours bien définis en sont une autre caractéristique marquante. Beaucoup sont suffisamment visibles depuis le départ pour exercer un impact visuel et psychologique fort au moment d’élaborer sa stratégie pour le trou. La disposition des bunkers confère au parcours une personnalité architecturale marquée et explique en partie pourquoi il peut s’avérer difficile, même si la distance totale n’est pas excessive.
Un troisième moment fort de mon automne a été la compétition « trois bâtons » organisée à mon club d’attache, Hautes Plaines à Gatineau.
Il y a quelque chose de particulièrement amusant à disputer une compétition « trois bâtons » sur son parcours habituel. À Hautes Plaines, l’épreuve fait véritablement appel à l’imagination et à la stratégie. Avec seulement trois bâtons dans le sac, chaque coup exige une décision : faut-il tenter de modifier la trajectoire avec le même bâton, doser la puissance, ouvrir la face, ou juste accepter que le coup idéal ne soit pas toujours réalisable ?
C’est aux abords des verts que la créativité s’exprime le plus. Réaliser une approche roulée (*bump-and-run*) avec un fer 7 plutôt qu’avec mon fidèle wedge de 56 degrés, effectuer un swing aux trois quarts en ‘coupant’ un bois 5 pour atteindre un green situé à 175 verges, ou tenter un coup délicat avec un club qu’on n’utiliserait pas d’ordinaire : tout cela oblige à voir et à vivre le parcours différemment. Soudain, la distance n’est plus le seul paramètre à prendre en compte ; les angles, les pentes et l’endroit où l’on souhaite placer la balle pour le coup suivant deviennent tout aussi importants.
A Hautes Plaines, un parcours plutôt court demandant de la précision, mon choix d’un bois 5, d’un fer 7 et d’un wedge de 52 degrés avec lequel j’ai effectué mes coups roulés s’est avéré un assez bon choix. J’ai pu me rendre sur le vert ou très près en coups réglementaires sur presque tous les trous. Avec quatre verts de trois roulés, je me demande encore si je n’aurais pas dû choisir mon putter (probablement mon meilleur bâton) dans mon sac plutôt qu’un fer 7, mais j’ai aussi calé deux roulés de 15 et 8 pieds pour des birdies!
Ce qui m'a le plus surpris en jouant avec seulement trois clubs de golf, c'est à quel point cela affectait peu mon score. En fait, j'ai pu réaliser un score remarquablement similaire à ce que je ferais normalement avec un set complet. Sans la tentation de prendre chaque club dans le sac, je me suis retrouvé à réfléchir plus attentivement à chaque coup, en me concentrant sur le fait de garder la balle devant moi et de jouer selon mes capacités. Laisser mon driver peu fiable derrière moi a éliminé beaucoup des erreurs coûteuses qui peuvent rapidement transformer une partie correcte en une partie frustrante. Au lieu d'essayer de frapper le coup parfait, je me suis concentré sur la manière de réussir quand même. J'ai dû être créatif, en jouant des coups différents et parfois inhabituels que je n'aurais peut-être jamais envisagés avec un set complet de clubs à ma disposition. C'était un rappel que le golf ne consiste pas toujours à frapper la balle plus loin ou à avoir le bon bâton pour chaque situation. Parfois, il s'agit de gérer le parcours, d'avoir de l'imagination et de faire au mieux avec ce qu'on a.
Peut-être tout aussi gratifiant était le sentiment de liberté qui venait avec le fait de porter à nouveau un petit sac sur mes épaules. Cela me ramenait à mes années juniors, quand le golf semblait moins compliqué et que la joie venait simplement du fait d’être sur le parcours, à découvrir les choses au fur et à mesure. Jouer avec trois clubs n’allégeait pas seulement le poids sur mes épaules ; ça semblait alléger mon approche du golf lui-même. Et dans le processus, cela me rappelait que parfois, enlever quelque chose peut en réalité t’apporter beaucoup plus.